Rêve cette même nuit
Je suis le Soleil. De ma place dans l'univers, je surveille les mondes alentours. Je me sens étrangement serein, paisible. Pourtant, si j'ai l'impression de sentir toutes les choses, d'être toutes ces choses, je me sens détachés, comme étranger à ce qui m'entoure.
Je sais que je suis respecté, adoré, prié même par certains. Que d'innombrables créatures me doivent la vie. Je sais que certaines se déchirent aussi, en mon nom ou sous mon étendard. Je sais que d'autres créatures me détestent, m'abhorrent et me fuient. Et qu'elles se déchirent aussi au nom de tout ce qui n'est pas Moi. Mais je pardonne à ceux qui se trompent...
Mais on m'arrache à cet état et je voisce corps de feu liquide bouillonnant qui tantôt fût mien s'éloigner à toute allure. je ne peux détacher mon regard de sa majesté. Et puis... wouuuuuufff... lentement, comme au ralentit passe devant moi un autre corps en fusion, tout aussi lumineux. Je la reconnais. C'est la Lune-Éclat. Celle que la plupart appellent seulement La Lune. Je devine sa trajectoire elliptique autour du Soleil alors que je m'éloigne toujours.
Je regarde autour de moi et contemple l'immensité infinie de la création. J'ai froid, mais ce n'est peut-être qu'une impression. Je vois une bulle irisée venir vers moi. Je veux l'éviter, mais je ne peux pas changer de trajectoire. Je vais la percuter immanquablement. Je ferme les yeux.
Quand je les rouvre, ma vitesse a diminué. Il fait meilleur. Je vois des nuages en dessous de moi. Et entre deux d'entre eux, des terres en dessous. UNAIA. Je chute à présent vers ce monde. Les nuages défilent maintenant autour de moi. Lorsque j'en sors, ma vision est encore embrumée, mais je peux distinguer la forme d'un continent. Non... la forme de deux continent, comme une longue bande de terre juste à ma verticale, séparés par une langue de mer. Autour, des eaux à perte de vue. Peut être loin dans le Sud, cette étendue plus claire est elle du sable. Un désert ? Au Nord, des montagnes semblent se perdre dans les nuages, et sont entourées d'une immensité de glace recouvrant tout, terre et mer sur les lieues et des lieues.
Mais mes yeux quittent ce spectacle pour se concentrer sur les terres s'étendant en dessous de moi. Je passe le bras de mer séparant les deux Continents. D'innombrables petites îles ponctuent l'immensité bleue. Puis la côte et à partir de là, que du vert. Je survole une forêt si dense, si grande qu'elle ne semble s'arrêter qu'aux limites de ma propre imagination. Déjà les paysages se font plus vallonnés. Par endroit la forêt s'estompe au profit de prairies. Au loin, je distingue une grande cité que je reconnais, sans jamais l'avoir vue comme Ikitos, capitale du Royaume éponyme. Je la laisse sur ma droite et continue mon voyage. Je sais maintenant aller vers le nord, vers la seigneurie de Saranques et au-delà, les hautes terres Ardanites.
Je reconnais le Plateau de Louvesordes devant moi. Au loin, plus au nord, un reflet, presque rien attire mon œil. C'est la Cité de Presque, J'en suis convaincu. Je sais mon voyage proche de sa fin et je ne veux pas aller plus avant, mais implacablement le vent souffle dans mes cheveux et les paysages défilent sous moi. Je contourne les plateaux par la droite et aperçois la route de Goevan et Strig. Bientôt le Lac Saran me fait face et à son extrémité opposée, Saranques.
Je sens son odeur de poisson, j'entends son continuel brouhaha, son port à criée, ses rues bondées les jours de marché. Je m'avance à toute vitesse dans des rues qui me sont familières, comme l'ultime détour d'un aventurier venu de loin, et ayant un peu peur de terminer son voyage. La Place de la Vierge, unique fontaine de la ville dont la statue de femme fait sortir de l'eau de ses mains jointes, la Rue de la Soif et toutes ses tavernes et auberges, rebaptisée il y a longtemps Rue des Repris, mais que personne n'a jamais appelé de cette manière, la demeure officielle du Seigneur de Saranques jumelée à la cours de justice, imposant bâtiment ironiquement appelé le Petit Palais du Peuple...
Comme je m'en doutais, je fais bientôt demi-tour et me dirige à nouveaux vers les quais. Je reconnais le bâtiment sur pilotis qui se dresse à présent devant moi. Sans marquer de pause, je fonce entre deux planches de bois mal jointes pour m'arrêter quelques pas plus loin. Là, sur une vieille paillasse, s'étend ce corps inerte que j'habite au quotidien. Je reste là un moment à m'observer dormir, contemplant mon corps comme s'il s'agissait de celui d'un étranger...
HAAAaaaahh !
Je me réveille en sursaut avec la désagréable sensation d'être observé. Je regarde à gauche et à droite, mais personne. Etait ce un mauvais rêve ? Impossible de m'en souvenir. |