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Chapitre premier
Un nouveau venu dans les canneaux
Le père Di Bardi enquête |
10 janvier 1620
Le lendemain, c’est le premier jour de la semaine de relâche de Don Ignacio. Il en profite pour aller chercher le père Di Bardi et l’emmener au théâtre afin d’inspecter la scène de crime à la lumière des connaissances de l’éclésiastique.
Le lieutenant de la Quarantia Crimiale Emilio Brozzi est là, il s’apprête à faire enlever le corps. L’espagnol fait les présentations, et le lieutenant ne semble pas fâché que Don Ignacio soit accompagné de quelqu’un semble-t-il capable de tempérer ses ardeurs et ses indiscrétions.
Lors de l’examen du corps et des lieux, les compères découvrent plusieurs choses : • Sur le dos du jeune homme a été gravé ces mots, probablement alors qu’il était encore vivant : « J’étais nouveau en ce lieu, lorsque j’y vis venir un puissant, couronné du signe de la victoire ». • Au sol, concentrés au niveau de la tâche de sang, se trouvent de petits et nombreux éclats de verre. Il y en a aussi dans ses yeux, nettement plus dans un des deux. • Ses yeux ont étés enlevés et emportés. • Dans un interstice entre deux planches Don Ignacio trouve une broche, comme une fibule. Elle représente deux roses et deux rapières entrelacées, ainsi qu’un monogramme : L.S. Brozzi en sait plus là dessus : Il y a quelques années, un noble patricien de Venise Giovanni Cavelio, sénateur, veuf, tomba amoureux d’une courtisane, Juliana Saliestri. Il la couvrit de cadeaux somptueux, lui écrivit des poèmes tous plus affligeants les uns que les autres, et ce pendant des années. Le pire fut un sonnet comportant une allusion au mariage des deux épées de sa famille aux deux roses de la sienne. Elle a fini par céder, non à son charme mais à sa fortune. • Comme dans un effort méticuleux pour reproduire le calvaire du Christ, on retrouve une éponge pleine de vinaigre, figurant celle qui a été donné au fils de Dieu par un soldat romain lorsqu’il a dit avoir soif. • De la même manière, tout comme le Christ, il a une plaie sous la mamelle droite.
Le symbole sur la broche. Initiales : L.S. |
Puis ils décident d’interroger les comédiens de la troupe. D’une manière générale ils apprennent que celle-ci était à Venise depuis seulement trois semaines. Les règlementations sur le théâtre changeant tous les six mois, ils ne savent pas du tout leur date de départ. • Pantalone (vieux, avare, stupide et prétentieux). Il raconte que le père de Marcello était un charpentier de la troupe mort de la gangrène résultant d’une mauvaise blessure lorsque son fil avait 3 ans. La troupe l’a alors adopté. Sa mère est morte peu de temps après. Il était un grand séducteur. • La Duegne (vieille et moche). Elle dit que Marcello était un bon chrétien, torturé par le fait qu’il ne sera jamais enterré en terre sainte. En effet l’acteur est exclu de la communion et placé au même rang que la prostituée : l'un comme l'autre expriment - verbalement ou par leur corps - une situation feinte, que l'Église estime nocive. Un prêtre ne peut lui donner l’absolution, à moins qu’il ne renonce définitivement à sa profession. On ne refuse pas le baptême à des enfants de comédiens, mais on le refuse à un comédien adulte. On n’admet de comédiens ni comme parrain, ni comme marraine. On refuse aux comédiens les sacrements du mariage ainsi que la sépulture religieuse. Une exception reste pourtant acceptée : la représentation de la Passion du Christ par de simples paroissiens (donc ne tirant pas subsistance de leur aptitude au simulacre).
Elle dit aussi qu’il avait un confesseur, Cosimo Cafelli, curé de la paroisse San Giorgio Maggiore. • Zerbina (La belle de Don Pablo). Elle est à l’ouest et ne comprend rien à rien. • Scapin. Il y a de l’ironie dans ses propos lorsqu’il parle des conquêtes de Marcello. Il s’en moque complètement de ses relations avec les femmes. Il dit qu’il était en fait très discret là dessus. • Isabella. Elle pleure tout le temps, insupportable. • Hérode. Rien. • Le Matamore. On le sent assez jaloux de Marcello, et amoureux de Isabella. Il dit qu’l avait une « régulière », mais qui n’était pas forcément sa maitresse.
Intrigués par l’inscription au dos du cadavre, l’italien repart à son couvent pour compulser les ouvrages de la bibliothèque, tandis que l’espagnol part interroger les scribes sur la place saint Marc. C’est l’homme d’église qui parvient le premier à trouver l’origine de la citation : L’Enfer, de Dante. …
Puis il est temps pour les enquêteurs d’aller parler Cosimo Cafelli, le confesseur du défunt. Ils le trouvent sans sa paroisse, à la fin de la messe. Tandis que le spadassin patiente dur un banc, le père Di Bardi lui demande d’aller parler dans un endroit plus intime.
Le prêcheur semble atterré par la mort de son protégé. Il confirme son traumatisme lié au fait de se faire ôter le baptême par l‘église. Il dit aussi qu’il a ouï son confessé il y a quelque jours, qu’il était assez affolé et ses paroles plutôt incohérentes. Il disait que le diable était à Venise, le diable et ses oiseux de feu. Il allait aussi voir sa mère au couvent. Il lâche également un « je lui avais bien dit de se méfier ».
Peu satisfait par cette entrevue, les enquêteurs décident de suivre le bonhomme jusque dans ses appartements, ou ils le trouvent en pleine séance d’auto flagellation. Il répète des mots sans suite, dans lesquels on peut identifier « Seigneur, pourquoi m’as-tu-soumis à la tentation ? Marcello… ».
Ensuite ils décident de se mettre en planque pour suivre le curé au cas ou il aille parler de tout ceci à quelqu’un d’autre. Au bout d’une heure, toujours rien. |
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