|
|

Accréditations :
Laurent, Mathieu, Fred, Jisset |
Chapitre premier
Introduction
La théorie du tatou |
Le prince envoie un marin chercher Shéna. Il ne la trouve pas, et revient avec Amafé, une vieille esclave, ancienne connaissance d'Amadjé, avec laquelle il a un entretien privé, ce qui veut dire sans Shéna. L'ancêtre demande la protection du prince et du seigneur Al Shazar, car elle craint pour sa vie et celle des siens, frères et enfants restés à l'Oasis d'Émeraude alors qu'elle a été embarquée par les chevaliers et voyage enfermée dans la cale du Lune Larme. Lorsque le prince parle de cet incident à Shéna, elle avance qu'elle doit le rapporter à Al Shazar, puisqu'il pourrait s'agir d'un vol d'esclave. Le prince suggère quant à lui qu'en parler avant à Jucamiel serait une bonne idée.
Pendant ce temps sur le pont, la Kambaole dresseuse d'animal du Haut-Rêve tente de le faire descendre, mais en vain. Le prince va la saluer. Elle se nomme Laliowë (ou Lilialohé selon les sources), servante de sa maîtresse la princesse Shabanassi, fille du Prince-Aga Nahuë, du quartier des Faïences de la porte d'Urbis, promise en mariage au chef des Enfants de l'Œil qui Voit.
Amadjé décide de profiter de la matinée pour tourner une belle aquarelle de l'animal et de sa maitresse, et s'installe sous une ombrelle pour dessiner. Il remarque par ailleurs que Shéna n'est pas dans son assiette, et tente en vain de savoir pourquoi.
Jopu, lui, parle avec circonspection avec la kambaole, tandis que Yalmoussa, toujours d'une folle créativité, se lance dans la confection d'un arc, puis d'un bâton siffleur à plumes et pompons, que des enfants Origash veulent lui échanger contre un terrible bébé tatou de guerre vengeur et sanguinaire nommé Tyran.
Peu après, Shéna parle des Éternels, ces éléphants sacrés du second âge devant lesquels le cauchemar de défaisait. Elle dit avoir connu quelqu'un qui en avait déjà vu, elle est par ailleurs surprise qu'Amadjé en ait entendu parler. Celui-ci se promet de lui en reparler plus tard, en plus petit comité.
C'est enfin l'heure du repas.
En début d'après midi, toute l'attention est concentrée autour de la descente du bestiaux. Jopu tente à son tour de fabriquer un bâton sifflant, puis va en parler à Nazir. C'est à ce moment là que Yalmoussa revient avec son tatou des Sanglantes Guerres Interoniriques qui porte ma foi très bien son nom. Il le présente au prince, en lui demandant s'il lui est possible de le garder lorsqu'il sera à son service pour de vrai. Ce dernier accepte, même après s'être fait mordre par le Tyran, et avoir vu son doigt transformé en poupée par maître Loufend.
Persuadé que Shéna est en colère pour ne pas avoir assisté à l'entretien avec la vieille esclave, il la retrouve dans son alcôve et s'excuse platement de son comportement. Il lui donne le dessin qu'il a réalisé de la bête du Haut-Rêve. Elle hésite à accepter, mais finit par céder
.
Dans l'après-midi, Jopu continue de s'entretenir avec la servante Kambaole, qui lui parle des Mirmilles, le petit peuple qui vit en compagnie des girafes (l'autre nom de l'animal du Haut-Rêve) et qui grimpe au sommet de leur tête pour observer les dangers alentours. C'est à ce moment-là qu'une rumeur se fait entendre dans le lointain, dont les héros n'auront l'explication qu'un peu plus tard, lorsqu'ils seront convoqués dans la tente du chef Poudre d'Os. Une fois installés devant lui, ils apprennent par la voix forte et grave du chef Alifaï que les Bénous Mauves, émissaires du Seigneur des Aljumis, ont étés retardés par l'attaque d'une tribu de la Main. Mais que tout ce ci ne fait que le contrarier légèrement, parce que les assaillants ont été taillés en pièces et foulés au pied comme des criquets.
Puis il offre le thé, et des cadeaux pour ses hôtes de marque :
Le seigneur Al Shazar, bien qu'absent, reçoit par l'intermédiaire de Shéna Ij Sul Luko une magnifique chamule mâle au pelage noir nommée Vent d'Orage. Le jeune prince reçoit également un semblable animal, Neuf Vies, femelle plus douce et plus fine que le précédent, au pelage gris. On lui remet également la Ceinture des Mille Bonheurs, dont chaque point a été fait par un membre de la tribu, et sur laquelle les Origash ont chanté pour sa guérison.
Shéna quant à elle reçoit Croqueuse d'Os, une chamule gracile et vive, mais qu'elle doit mériter en remportant le lendemain soir une partie de Jeu des Trois Princes (ou il faut tour à tour à dos de chamule gagner une course de vitesse, attraper des gerbilles avec des paniers, et tirer à l'arc), jeu qu'elle a déjà remporté il y a sept ans. Elle accepte de manière circonspecte, doutant fortement que le service d'Al Shazar doive passer par de telles extrémités.
Pour finir, Alifaï Poudre d'Os salue d'une multitude de compliments le patriarche Al Shazar, et termine par un subtil message : « Salut ! ».
A la sortie de la tente Jopu disparaît à nouveau très mystérieusement, et le prince Amadjé, effrayé par les habits crasseux de son nouveau secrétaire, décide de le placer temporairement entre les mains des femmes Kambaoles, afin de lui confectionner une nouvelle garde-robe plus digne de ses nouvelles fonctions. Ceci, ajouté à quelques touches personnelles une fois de retour au bateau, est nettement mieux que ses habits d'avant.
C'est finalement l'heure du repas, et les conversations vont bon train, Shéna rit beaucoup avec le second, un petit homme barbu nommé Sémia le sémillant. On ne l'avait guère vu au paravent, ses occupations l'occupant sans doute plus lorsque le navire est en marche que lorsqu'il est au mouillage. Il récite poèmes sur poèmes, et lorsque le prince veut participer, il ne parvient pas à se souvenir de la suite des vers qu'il a en tête, et se retrouve encore plus humilié lorsque Yalmoussa veut l'aider et l'abandonne à la fin du troisième vers.
Mais beau joueur, le second du Lune Larme propose un concours de poésie en sept vers, dont les rimes sont choisies par Shéna, qui propose malicieusement « Oeil » et « rein ». Amadjé gagne d'une bonne longueur grâce à la maladresse des derniers pieds de Sémia.
Puis à la fin du repas, Yalmoussa se montre très insistant pour entretenir le jeune prince en tête à tête dans sa cabine. A peine rentré dans la cabine, un chat se trouve sur le lit. Yalmoussa le Créatif, sous le coup d'une lumineuse et fulgurante idée, lâche le Terrible Tatou sur le chat en lui intimant l'ordre d'attaquer. Celui-ci saute aussitôt sur les poutrelles au dessus de l'armoire, tandis que le tatou atterrit sur le bureau, et renverse l'encrier sur le magnifique dessin que le prince avait offert à la jeune diplomate. C'est un drame. Furieux, le prince congédie son secrétaire qui ne veut pas quitter les lieux. Seule la menace d'appeler les gardes fait disparaître le maladroit. Une fois seul, il tente de se calmer en caressant le chat et en lui racontant ses malheurs. Celui-ci lui ronronne des mots bizarres, parlant de confiance qui doit être gagnée, de tatou maudit, et de rêves lointains.
Puis, l'infatigable Yalmoussa de retour, il parle enfin de la raison de tout ce mystère. Il dit que Jopu a organisé un rendez-vous nocturne avec la princesse Kambaole, que pourtant Amadjé avait mit un soin tout particulier à ne point vouloir rencontrer. Il s'agit de retrouver l'homme de main dehors, après avoir revêtu les habits du secrétaire et être descendu par le hublot de la cabine. Tout ceci fait oublier à Amadjé l'histoire du tatou et du dessin. Follement excité à l'idée d'une expédition nocturne, il se glisse dans les habits trop grands dont le secrétaire s'est dévêtu, et se faufile à sa suite par la fenêtre après avoir confectionné une solide corde à l'aide de ses draps. Mais la colonne de tissu improvisée cède et le prince se retrouve par terre le souffle coupé. La science de Yalmoussa est impuissante à le faire se sentir mieux, la baffe dont il le gratifie non plus, et ils se retrouvent à attendre Jopu contre la roue, l'un maugréant au bord des larmes, l'autre à moitié nu et grelottant de froid.
Lorsque Jopu arrive, Yalmoussa remonte dans la cabine et les deux conspirateurs se glissent das la nuit. Les explications de Jopu son très vagues. Il s'agit de donner un gage de sa foi à la princesse-cadeau, au cas ou elle se fasse enlever, car elle a toute confiance dans le prince, qu'elle n'a cependant jamais vu. Tout ceci n'est pas très clair, mais Amadjé est tout excité, et se passe de demander plus de précisions.
Après moultes attentes et précautions, lorsque le prince se retrouve devant la tente à parler avec la princesse, il comprend toute l'ampleur du désastre dans lequel il vient de se fourrer. Apparemment Jopu a donné sa parole pour lui, promettant à la princesse qu'il participerait et assurerait son enlèvement dans cinq jours, juste avant que les émissaires du Seigneur des Aljumis n'arrivent à bon port. Il suppose également que le rusé bonhomme a aussi suggéré que le prince puisse par la même occasion se marier avec elle. Mais celui-ci ne peut en aucun cas s'engager de la sorte, trop de pressions pesant sur lui, et il tente de le faire comprendre à la princesse, qui ne démord pas de son histoire d'enlèvement. Jopu a beau assurer que c'est lui et « ses hommes » qui feront tout le travail, et que le prince n'aura même pas à être là, ce dernier n'est pas persuadé du bon fonctionnement de ce plan fort hasardeux. Néanmoins, en guise de sa bonne foi et du fait qu'il sera présent pour l'enlèvement si aucune autre force coercitive ne le retient contre sa volonté, il donne à la princesse son collier d'ivoire et d'or. Elle lui remet en échange une bague en os d'Éternel, que le prince est extrêmement fier de tenir dans sa main. Elle prétend que c'est un anneau qui assurera que le prince tienne ses engagements, car elle connait le secret des Sept Danses, des Trois Baumes, et l'Art de Peigner La Girafe.
Tout ceci est très excitant, mais le jeune prince ne manque pas sur le chemin du retour de faire part à son drôle de camarade de son catastrophique pressentiment à propos de la folle entreprise d'enlèvement dont il veut se rendre coupable. Il parle d'Oumiza, de la Traitrise Légendaire, et de tout ce que cela peut impliquer en terme de désagréments. Jopu semble également préoccupé, l'étoile filante qui apparaît au même moment, le Signe Fatal, les paroles inquiètes du prince, tout ceci ne peut rien cacher de bon pour son entreprise.
Non loin du bateau, ils aperçoivent sur le pont une drôle d'agitation, la girafe s'avançant sur la passerelle, indécise. Des gens sont là pour la guider, avec force cris et claquements de langue. Jopu se glisse comme une ombre vers la poupe, pour faire croire à tout le monde qu'il a toujours été là, et le prince grimpe à l'échelle de drap que Yalmoussa a fait basculer dans le vide le long de la paroi du navire. Il parvient à se hisser en haut, et, accueilli non point par son par un secrétaire consciencieux, mais par une Shéna folle de rage, il n'a d'autre choix que d'écouter patiemment et sagement ses réprimandes. Il confesse qu'il est sorti manger du sable, et se fait traiter d'irresponsable, de fou, et de dément. Il apprend que cette tête vide de Yalmoussa n'a rien trouvé de mieux que de lancer son tatou au visage de la jeune femme une fois de retour dans la cabine, et qu'elle a cru à une tentative de viol. Elle est particulièrement remontée contre lui, le traite de crétin, de misérable, et semble soulagée qu'il soit à présent reclus à fond de cale pour cette raison. Elle a néanmoins réussi à dévier les questions des frères de Blanche Fleur de l'aventure nocturne du prince en leur faisant croire qu'ils étaient en train de passer un tendre moment ensemble enfermés dans sa cabine. Du coup elle est très énervée parce qu'elle passe pour une pute affamée aux yeux de tout le monde, et que sa réputation est ruinée.
Mais le prince ne peut cacher son secret, il finit par avouer la vraie raison de son escapade, et raconte l'entrevue avec la princesse, ainsi que sa promesse. Infiniment soulagé de ne plus mentir, il lui dit tout content qu'ils vont participer d'ici une poignée de jours à un enlèvement organisé par le terrible conspirateur Jopu, et que tout ça est follement excitant. Mais elle lui coupe violemment la parole car elle ne l'entend pas du tout de cette oreille. Elle lui ordonne de ne plus rien faire du tout, d'arrêter définitivement les bêtises, de ne plus quitter sa cabine, d'oublier le Haut-Rêve (mais comment a-t-elle pu deviner ?), de ne plus parler à personne et tout particulièrement à Jopu, et de cesser une bonne fois pour toute de mettre la santé et la réputation de tout le monde en péril.
Sur ces paroles sans appel elle tourne les talons et file se coucher, laissant le prince honteux et sans voix. |




L'heptain du Prince Amadjé
La belle lui tapa dans l'oeil,
Mais il ne sentit rien.
Glaciale comme un cercueil,
Très digne, elle tira les liens
De sa tunique à l'odeur de cerfeuil.
Elle sourit, l'air mutin.
Il pleura, comme son orgueil. |
|