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Accréditations :
Laurent, Mathieu |
Chapitre premier
Introduction
Les chats gris du Pavillon des Mozaïques |
Bien décidé à en apprendre plus sur ses origines, le jeune Shaadeq commença à élaborer un plan pour aller espionner le cabinet de travail de son père dans le Pavillon des Mosaïques. Cela prit six jour car il lui fallut un temps infini pour rassembler son courage afin d'oser ainsi défier l'autorité paternelle. Entre temps, il continua ses périples dans les Terres Médianes du Rêve, pour y laisser certains de ses songes et les cueillir plus tard.
12 Serpent
La nuit venue, il se glissa comme une ombre dans les couloirs en direction du Pavillon des Mosaïques, et dû rapidement se rendre à l'évidence qu'il ne savait pas ou se trouvait le bâtiment. Il revint donc bredouille à ses appartements, en se disant que demain était un autre jour, et qu'il s'y prendrait mieux. En se renseignant avant par exemple.
13 Serpent
Il passa sa journée en Voyage, comme il se plaisait à nommer ses aventures dans l'au-delà, et en discrète enquête pour dénicher le fameux pavillon.
14 Serpent
Shaadeq se risqua de nuit aux abords du bureau de son père, mais sursauta lorsqu'un esclave lui posa une main ferme sur l'épaule. En le reconnaissant, il s'aplatit au sol en d'infinies courbettes, et s'excusa platement de ne pas l'avoir reconnu. le coeur battant, il retourna à nouveau bredouille à ses appartements.
15 Serpent
Le lendemain, il appela un Chat Sélénique pour aller espionner les allées et venues aux alentours de la porte interdite.
16 Serpent
Lorsque le chat revint, un peu avant l'aube, il lui dit qu'à part des esclaves qui y pénétraient, personne ne gardait l'entrée de jour. La nuit deux esclaves gardaient la porte en dormant à moitié dans des alcôves de repos non loi de l'huis. Du coup, il tenta une expédition diurne. Manque de chance, il se heurta à trois ouvriers occupés à ne pas faire grand chose, et eut toutes les peines du monde à les convaincre de qui il était, et dû fuir à toute jambes avant qu'ils n'arrachent pour de bon son voile. Les peintres le poursuivirent en manquant de l'attraper plusieurs fois, mais pas avant qu'il ne croise dans sa course deux esclaves qui purent confirmer son identité. Shaadeq, le coeur battant à tout rompre et totalement hors d'haleine, les condamna dans sa grande clémence à faire sept fois le tour du palais en courant, eux qui aiment tant courir après les gens. Puis il revint pour la troisième fois bredouille à ses appartements, raccompagné par Jingha. En chemin, il lui demanda si il avait trouvé la personne qu'il recherchait, à savoir un ancien esclave de sa mère. Il répondit que pour son service, Amaéla disposait de six esclaves (dont un chef), tous à son entière dévotion. Ils logeaient tout comme elle dans le Pavillon du Crépuscule, que son père fit murer à sa mort.
Par la suite, à la fois pour subvenir à ses besoins de rêve et pour continuer ses tentatives d'espionnage, Le petit Al Shazar partit en Voyage pour rappeler un autre Chat Sélénique. Le félin apparut et fut aussitôt envoyé observer si quelqu'un entrait dans l'inaccessible pièce. Mais c'est par la suite que tout ne se passa pas comme il faut. Les aléas des rencontres de fortune dans les Hautes Terres du rêve firent que l'apprenti sorcier se retrouva à rêver qu'il était prisonnier d'une fiole, et que trois vieillards à barbe blanche l'observaient en dodelinant de la tête, tout en secouant le récipient de verre comme s'il contenant un liquide inconnu. Puis il le versèrent dans une clepsydre, dont il parcourut les tuyaux alambiqués. Ces derniers se resserrèrent tellement qu'il se réveilla en sursaut avec un poids comprimant sa poitrine, qu'il ôta dans un réflexe soudain. C'était le Chat qui était revenu de son expédition.
Dans un état plus que vaseux, Shaadeq ressentit le besoin urgent de prendre de la Lune de Mer en grande quantité, dont les effets hallucinogènes le catapultèrent dans une autre dimension. L'esprit dans les nuages, il questionna le Chat mais celui-ci subissait visiblement aussi les effets du puissant psychotrope, et ne répondait pas de manière très cohérente aux questions de celui qui l'avait appelé. Il lui dit qu'il était invité à sauter par dessus la lune avec lui, mais Shaadeq refusa. Lorsqu'il lui demanda pour la seconde fois, il accepta mais il ne se passa rien car le délais de 79 ans entre chaque invitation n'était pas passé. Le mage parvint tout de même à comprendre qu'un homme pas très beau et portant un turban était entré, muni d'une grande clef. Probablement son père, mais il n'était pas en état de faire des déductions. Pour calmer ses délires, il repartit dans les Terres Médianes puis se fit du thé du médecin, sensé apaiser les esprits enfiévrés. Les choses se tassèrent peu à peu, et il finit par passer une fin de nuit à peu près tranquille.
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Il fut réveillé par son père qui le pria de s'habiller et de le rejoindre sur le balcon d'Al Juji. Il le rejoint quelques instants plus tard, et, croyant à un entretient de pure routine, il s'abandonna dans la contemplation des jardins et du désert, que surplombait le balcon. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il reçut la plus terrible sermon de toute sa vie. En effet son père était ivre de rage que son fils ait pu, sans son autorisation, faire venir au Palais d'Émeraude un de ces fouineurs de chevaliers de Blanche Fleur et ainsi mettre en péril l'honneur et la réputation de sa famille. Il voulait à toute force savoir ce que Shaadeq lui avait confié de sa transformation, ce qu'il lui avait dit, ce que l'autre lui avait demandé, comment il lui avait fait parvenir la lettre, etc.
Et c'est alors qu'au sommet de sa colère, il leva sa canne pour frapper son fils, et retint son geste in extremis. Jamais jusqu'alors il n'avait eut ce genre de geste.
Pleurnichant, il répondit tant bien que mal entre deux hoquets qu'il l'avait fait venir pour disserter d'onirosophie, suite à l'entrevue avec le vieux fou. Il fut par ailleurs contraint de révéler que c'était Jingha qui avait envoyé la lettre sans savoir ce qu'elle contenait. Honteux d'avoir désobéi, et effrayé de tant de colère, il plaida que la réclusion lui pesait, qu'il avait besoin de parler à des gens. Cela ne calma pas du tout le vieux prince marchand, qui lui rappela en hurlant qu'il avait droit de vie et de mort sur lui. L'entretien se termina sur la promesse que cette histoire n'était pas terminée.
Mortifié, le Haut-rêvant passa le reste de la journée en pleurs sur son lit, honteux d'avoir désobéi, et furieux contre lui-même d'être toujours aussi incapable de tenir tête à son père.
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Il reçut ce jour-là la visite de sa cousine, qui vint le serrer dans ses bras. Il lui raconta ses malheurs, puis elle l'embrassa sur la bouche et disparut.
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Son père l'appela dans le bureau. Si l'entretien fut encore plus à sens unique que le précédent, son père s'était bien calmé. La première chose que nota le jeune homme fut que son géniteur avoua qu'il aurait dû lui apprendre lui même son changement d'identité. La seconde était l'aspect définitif du fait qu'il ne répondait plus désormais qu'au nom de Prince Amadjé, fils de Maole, un sultan kambaole d'Urbis. Il serait à nouveau Shaadeq seulement pour son père et personne d'autre. Ce qui impliquait de jouer le jeu même au sein du palais. Palais qui vit par ailleurs la veille le pauvre intendant Jhinga subir les vingt coups de fouet que Shaadeq méritait.
Puis il lui qu'une invitation de Blanche Fleur était arrivée au palais. Sarsen, le Cinquième Enfant de Nazaren, suite à l'entretien avec frère Jucamiel, l'invitait, lui, son fils, à venir le rencontrer en la terre blanche du Lac Qui Sait, non loin de la Cité des Trois Fontaines. Plus qu'étonné, Al Shazar voulait savoir ce dont ils avaient parlé pour justifier une telle invitation. Shaadeq bredouilla un mensonge plausible, à savoir qu'après avoir disserté tout leur saoul sur les schismes interoniriques de l'université de Scholomance, il lui avait fait part de ses rêves étranges, de ses coups de folies et ses troublantes visions. Frère Jucamiel aurait marqué un grand étonnement avant de lui dire qu'il le pensait Haut-Rêvant, et que l'ordre, bien entendu, se ferait un plaisir de le guider dans cette voie obscure. Le jeune menteur assura à son père qu'il n'en était rien, qu'il ne l'était pas, du moins pas à sa connaissance.
Son père lui dit qu'il avait donné son autorisation pour se rendre à l'invitation, et qu'il partirait dés le lendemain matin en compagnie d'un de ses hommes confiance chargé de veiller à sa protection et à ses dépenses, le tout à bord d'un navire affrété spécialement pour lui par Blanche Fleur. Il lui recommanda tout spécialement une prudence extrême, ainsi que de n'accepter aucun pacte, même verbal, aucune drogue, aucun marché provenant des chevaliers.
- Me permettez-vous une dernière question, père ? demanda pour finir le petit Shaadeq.
- Faites, répondit son père d'un ton empesé.
- Quand allez-vous me dire la vérité sur moi, ma mère, ma naissance et mes rêves ?
- Insinueriez-vous que je mens ?
- J'insinue que vous me protégez, père.
- C'est exact, je vous protège. Allez dans la paix des dragons, je veille sur vous.
Shaadeq sortit de la pièce, et tenta une nouvelle fois le coup du Chat Sélénique, afin de le faire s'engouffrer dans le bureau de son père avant que celui-ci n'ait fermé la porte. Mais ce qui arriva, si c'était bien un chat couleur de lune, avait la taille d'un tigre. Avant qu'il ne puisse réaliser ce qui se passait, le chat l'invita à monter sur son dos. Le jeune infortuné refusa tout net, mais une force invisible le força à le faire. Le chat dit que les 79 ans avaient passé, et que l'invitation pour sauter par dessus la lune tenait toujours, puis qu'il avait déjà accepté.
La nuit se fit autour d'eux, et ils s'élevèrent en quelques bonds au sommet du palais. De là, ils rejoignirent toute une ribambelle de chats géants portant des gens sur leur dos, et volant vers l'astre lunaire.
Lorsqu'il émergea de son rêve, le soir venu, il ne se souvenait absolument pas de ce qui s'était passé sur la lune.
Shaadeq tenta bien de préparer ses bagages, mais il ne savait pas comment faire. Il pensa juste à quelques objets qu'il ne voulait pas laisser derrière lui. Il décida d'emmener le coffret de cristal contenant le lys du vieillard, sa réserve de Lune de Mer, son thé du médecin, son nécessaire à aquarelle, son écritoire en écaille de blumette, quelques livres de poésie onirique, ainsi que sa flûte du désert.
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Puis il passa le reste de sa soirée à écrire deux lettres. La première à Jingha :
Jingha, mon pauvre Jingha.
Comment vais-je faire pour paraître devant toi désormais ? Tu as reçu ce qui m'était destiné, et j'en suis mortifié. Il n'y a rien que e ne puisse faire pour éponger toute cette souffrance qui m'était promise. Néanmoins, pour preuve que mon coeur saigne d'une plaie béante, je te donne ma clepsydre antique, qui marquera désormais les heures de ma honte.
Puisses-tu me pardonner.
Shaadeq.
Enfin je veux dire Prince Amadjé
Et la seconde à son père :
Très cher père.
Si je voulais vous répéter une nouvelle fois à quel point je suis désolé d'avoir ainsi mis en péril l'honneur de la famille, et combien je comprends la sourde menace du discrédit qui nous tient en respect de sa lame si habile à se faufiler à travers les habits de la dignité et les voiles de l'honneur, si je palpe toute l'énergie que vous mettez à me protéger des périls qui peuvent me guetter, et l'opiniâtreté dont vous faites preuve pour me tenir à l'écart d'un monde si hostile et retors pour quelqu'un à la peau couleur de nuit, je ne saisis point la tendre obstination que vous avez à me tenir éloigné non de la vérité, mais tout simplement du lien qui me relie à mes origines, à ma mère et à vous. Car en effet, les moyens que vous avez employé pour me cacher depuis ma naissance ne sont-ils pas disproportionnés par rapport au seul danger de disgrâce ?
Je sais pertinemment que rien de tout ceci n'arrive par hasard. Je sais que si j'ai rencontré ce vieillard de Blanche Fleur ou d'ailleurs, ce n'est pas par hasard. Je sais que si je suis redevenu moi-même quelques mois avant cette rencontre, ce n'est pas par hasard non plus. Je sens dans ma chair et dans mon âme que le temps du changement est arrivé. Il a commencé avec ma peau, et va se poursuivre que nous le voulions ou non. Dissimuler un rocher sous un peu de sable ne sert à rien lorsque la tempête approche.
Malgré mes pleurs lorsque vous me grondâtes, je ne suis plus un enfant, et je pense mériter de savoir. Et je suis terrifié à l'idée que si vous me tenez tant à l'écart de ce que je suis réellement, cela puisse être parce que je vous fais honte, ou parce que vous ne m'aimez pas.
J'espère ne plus vous décevoir.
Votre fils, Shaadeq |
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