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Annexe
Histoire de Chériode, le Roi Gigant, et comment il devint Anastrée (Sans-Etoile)
Après la chute du Premier Âge, les Géants avaient commencé un long déclin, eux qui étaient autrefois, à cause de leur force et leur dévouement, les favoris des Dragons. Ils rompirent avec les Gnomes, responsables de la Faute, et se tinrent le plus souvent à l’écart des Hommes.
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1 - La révolte de Chériode
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Dans l’Empire blanc, au nom effacé des Rêves, les Géants étaient rares mais jouaient un rôle crucial. Eux seuls pouvaient se faire obéir des Eternels, les bêtes oniro-harmoniques échappées du jardin déserté des Dragons. Ils étaient donc les cornacs de cette armée formidable du Rêve, capable d’ébranler n’importe quel ennemi, de faner le cauchemar et même de faire reculer les Limbes... Les légendes rapportent qu’ils étaient trente-six.
Chériode était un de ces chefs d’écurie. Il vécut sa jeunesse à l’époque où l’Empire blanc, en proie à l’épouvantable Révolte des Ombres, avait plus que jamais besoin des Eternels. Défaisant des chefs cornacs plus raisonnables, il se lança dans une révolte ouverte, décriant « l’esclavage » des Géants et en appelant aux Géants qui vivaient dans des marches libres pour qu’ils viennent libérer leurs frères… L’Empire blanc n’eut guère le choix, et malgré le conseil subtil du Gnome Archondias qui essaya d’entraîner Chériode dans le labyrinthe de son esprit et de sa cassette magique, les Géants devinrent des guerriers libres. Ils couronnèrent Chériode d’une torque faite avec leurs chaînes fondues (chaînes symboliques qui décoraient le Temple d’Oliphantine, où les Géants avaient fait serment de servir l’Empire et les Eternels). Archondias vaincu rendit hommage à Chériode, renouant l’alliance perdue entre Géants et Gnomes.
Les Géants de Chériode restèrent alliés de l’Empire, mais leur poids et leurs exigences étaient de plus en plus grandes. Chériode haïssait le Cauchemar, sans perdre l’intérêt des siens de vue, et il aimait la gloire passionnément. Mais il agissait comme un souverain, parfois avec brutalité : la destruction sur un simple soupçon de collusion avec Scholomance de Dakihéné, la Cité des thanatocrates, horrifia. Les Mages blancs s’accordèrent en secret pour se défaire de cet allié encombrant sans perdre le contrôle des Eternels, d’autant que le rapprochement avec Scholomance était essentiel à l’époque, et Chériode était intraitable sur le sujet, le seul où il s’entendait avec l’archimage Shikoumi. Oumiza à la Tête Penchée, le mage mécanique des Géants, devint dès cette époque l’agent de l’Empire… Il était de sang royal, mais sa disgrâce l’empêchait de prétendre à ce que Chériode avait saisi.
La rupture survint lors d’une campagne contre le Cauchemar dans les marches d’Arrachenuit, Chériode et son escorte imbrisable des Quatre-Vingt se retrouvèrent isolés dans une tourmente de harpies sans nombre, la retraite coupée par les flots de l’Oubli. Les furies dévoreuses du Magiocrate déchiquetèrent soixante-dix guerriers, et les autres furent aveuglés. Chériode lui-même n’en réchappa qu’avec l’intervention d’Archondias (qui créa une déchirure de secours malgré les règles de son peuple concernant le tissu du Rêve), alors que les armées de Tykal Mogul étaient sur l’autre rive, immobiles… Les Mages essayèrent de faire passer l’affaire pour une mauvaise fortune de guerre. Chériode renvoya les têtes des émissaires au cardinal Jauvenin, aveuglées... Il entra en révolte ouverte contre l’Empire. Oumiza se révéla tout à la fin et entraîna avec lui, comme contre-rebelles, nombre de cornacs, bien qu’une minorité rejoignit Chériode après avoir libéré le troupeau des Eternels à travers les Rêves !
Son insurrection entraîna celle de tous les mécontents ou adversaires de l’Empire (les Saures noirs, la Pentapole…), et tandis qu’il se riait de ses ennemis, les factieux grandissaient en puissance. L’Empire vacillait, d’autant plus que même s’il était parvenu à contenir le Cauchemar, l’Oubli menaçait. Archondias essaya en vain de quitter ce Rêve, pour le bien de l’Empire, mais même l’extraordinaire gabarre éolonirique que le Gnome avait construit à Anymos pour un exil vertueux ne put vaincre la colère de Chériode, qui s’estimait le sauveur de ce Rêve… Obtenant de Naavarta, l’esclave général des tempêtes de l’Empire, une neutralité bienveillante, Chériode put affronter les treize escadres impériales. La trahison de Naavarta fut punie, ou en tous cas à l’origine de la Première Déchirure, et un des Esprits esclaves des vents s’incarna dans un bateau qui en prit une âme… C’est la Gigante ! Aucun doute possible. La figure qu’elle avait choisi pour apparaître était celle qu’elle avait alors qu’elle servait parmi les nuées de Naavarta…
| 3 - Le meurtre de l'Etoile |
Après seize années de déchirements, Chériode prit la tête de l’ost des « Arc-en-ciel » et alla à la rencontre de l’armée impériale. Ce fut la Marche du Géant. Il entraînait avec lui tous les révoltés, mais aussi des pans entiers de la magiocratie – à commencer par la Première Critomance de l’Ecole d’Ouranos, une subtile Cynocéphale, maîtresses des Rêves bleus, pacificatrice des Guerres cyanes et Secrétaire Suprême des Portes…
Sur la montagne royale, dans la Caverne aux Dix Mille Oracles, Archondias (circonvenu sans le savoir par Oumiza via Alguis, qui avait forgé les quatre masques) suggéra à Chériode inquiet un moyen d’échapper à l’oubli. Alguis aux Yeux de Miel, mage pacifiste, avait secrètement négocié avec le Gnome pour qu’il épargne la vie de Chériode en le convaincant de faire les masques. Le dernier fut fait avec le trompe-la-mort Grêne le Noir, un gnome déchu qui fut piétiné par un Eternel, ce qui interrompit la mort de Tradyche, l’un des sept frères de lait de Chériode et membre de son escorte personnelle, lequel avait été mortellement frappé lors du vol de Gérioth, l’épée royale.
En forgeant les Masques par lesquelles il pensait échapper à l’Oubli, sans le savoir, Chériode perdit son étoile et sa vie.
Les semaines qui suivirent virent une série de revers qui ne rencontrèrent aucune réaction notable. Le Roi des Géants n’avait plus d’étoile, il a avait tout sacrifié aux masques. Il sombra dans l’Oubli en voulant y échapper. Ce fut sa fin.
Mais les masques demeurèrent… Et le rêve de Chériode également. Est-il de retour, le Roi des Géants ?
| 4 - Légendre, légendes... |
Les Eternels
Pas de cornacs, « sans maître ni créateur », ils sont nés des écailles (ou dans une seule tradition vaseuse, des éclats de coquille) des Dragons. Appelés également les Grands Fleuris (une métaphore mystique de l’école de Bulshud ?), les Marcheurs sans Trêve, les Grands Souvenirs et les Chantemastes, ils sont vrais, en harmonie avec le Rêve d’origine, et peuvent en renouer le tissu, dissiper le Cauchemar et même, dit-on, effrayer Thanatos et repousser les Eaux Vertes. Symbole conjugué dans de nombreux Ordres chevaleresques et altoniriques. D’après Ylusde le Terré, qui passa sa vie à fuir le jour dans un terrier « pour se garantir de ses semblables » à l’époque des Pestilences Spirituelles, les Eternels invoquent le Rêve par leur cri disharmonieux semblable à un éternuement de géant tuberculeux.
Les Chevaliers de la Pentapole
Héritiers de l’Ordre d’Outrelimbe qui lutta le premier contre le blurêve, ou / et en fut le créateur sous la Commanderie de Mortèbre, le Désespoir des Cyans. Devenu dans les Marches de l’Empire un ordre dédié à la chasse aux haut-rêvants (la Pentapole Brisée), il se dissout en un quintuple schisme et renaît comme la Nouvelle Pentapole, un ordre de mystiques, poètes et adventistes.
La Caverne des Dix Mille Oracles
Lieu mythique (décrit en particulier par Théoudons l’Obscur) où tout le Fleuve coule, entraînant dans chaque goutte le destin d’une créature rêvée. De dix mille sources jaillissent les destins des Grands parmi les Grands qui dessinent le verbe du Rêve. Ce genre de choses.
Tykal Moghul
Dans la titulature de l’Année Salée, elle est élevée dans la hiérarchie des honneurs de l’Empire blanc classique. Elle est dite « issue d’une lignée de reines sans rois, au cœur vaste, au regard d’aube déchirée, suprême khanagesse, bouclier des imbrisables, égérie des Eternels, et malheur des Géants.
Les Marches d’Arrachenuit
Célèbre porte et forteresse, vaste comme douze provinces et naturellement imprenable. Elle fut édifiée par le Magiocrate, qui défia l’Empire durant tout le Second Âge. Les hordes ombreuses en sortirent à différentes époques. Selon les chroniques de Chandrapore, les Marches furent établies sur les ruines d’Athanatople, la merveilleuse cité sans mort qui fut excriée par le paperond Muscellus II, et dont l’université en exil allait fonder Scholomance, de sinistre mémoire.
Mont royal, Mont impérial, Mont de l’Etoile
Rien jusqu’au jour où on forgera de faux documents tendant à duper Bigael et diriger Granith vers les Cités Mauves perdues (donc changer de Rêve). Il y aura alors trace d’un Mont Gigantesque, entièrement taillée à la main par un peuple disparu, au pied duquel serait la Dernière Cité Mauve.
Torque de fer
On trouve bien trace d’une couronne des esclaves, forgées avec leurs chaînes, dans le récit de plusieurs circoncellions. C’est peut-être un symbole, mais peut-être permet-elle d’appeler les Eternels ?
L’Archipéligoumène
Un autre des noms maudits du Magiocrate, à rapprocher de celui de Dévoreur d’Îles et Père des Naufrages. Il y a des centaines de récits de galères fantômes (mais sans Géants à bord)…
Les Imbrisables
La garde de l’Empereur, de toutes les grandes batailles, ses guerriers étaient couverts d’une peau d’argent qui les rendait invincibles, buvaient du lait de Chimère et étaient tous présents dans le cœur de l’Empereur. Pour mourir, il fallait que tous les autres soient tués au même moment. Ce qui arriva à l’Antépénultième Bataille d’Arrache-Nuit.
Naavarta le Tempestaire
A rapprocher de Navarte, désigné dans la décidément précieuse titulature comme « général des nuées », un titre unique et redoutable. Archimage critomancien à la tête de l’armée éolienne, cet homme trahit lors de la révolte des Géants, entraînant de fait en fait la chute de la lignée sélène des Empereurs.
Oumiza
Le traître éternel, de toutes les légendes, sous ce nom ou d’autres proches. Mais ce n’est pas un Géant. Souvent, c’est un démon aux incarnations sans fin, la boue du Fleuve. Ah, Oumiza veut dire « Sourire Creux » en transcription des gigancursives. L’antique écriture des Géants, oui… Pourquoi ?
Scholomance
Légendaire université interonirique dédiée au seul Thanatos. Une horreur jamais tout à fait bien rasée par les forces obéissant à Oniros.
Gérioth (« Liberté »)
L’épée de Granith, un formidable espadon noir et blanc fait de nuit et d’étoile, porte en outre l’antique poignée d’Yrche, la première souveraine des Géants, et mère de l’Hiver (elle le créa comme un deuil blanc pour les Dragons disparus). C’est le propre rêve de Granith qui a été insufflé à l’épée au moment de sa révolte, lorsqu’elle fut forgée par les Phinosiodes, les deux mages géants jumeaux qui y consumèrent leurs cœurs et leurs vies (depuis, ils brûlent la nuit et tremblent la jour). Ils y enfermèrent la colère du Géant fraîchement révolté, pour qu’elle reste éternellement forte.
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