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Chapitre premier
Dondaine, ses plages et son hospitalité
Arrivée sur l’île de Cassioorn |
Jour 9
Le géant passe une nuit sans rêve.
Ses plaies ont été soignées à l’aide de l’onguent de graisse de tussépakoa, mélangé à trois épices différentes. Les griffes des Harpies sont enduites d’un poison causant des infections, dues aux excréments et à la pourriture dans lesquelles elles les plongent.
Vers la fin de matinée, des cris se font entendre, le navire croise devant une langue de forêt et s’arrête devant une plage.
Tuvès raconte qu’il est temps d’aller chasser des coques de reine. Ce sont des coquillages auxquels on prête une drôle de légende : on dit que ce sont des reines métamorphosées, car elles désiraient trop plaire du temps ou elles étaient sous leur forme humaine. En concassant les parties les plus rouges de la coquille, en en extrait une poudre qui sert aux teinturiers et autres parfumeurs à fabriquer du fard à lèvres, qui rend les femmes aussi belles que les reines avant leur métamorphose.
Pour les attraper, il faut se placer sur une plage, attendre que le calme se fasse, et siffler un air qui leur plait. Si tel est le cas, elles remontent à la surface en laissant échapper des bulles de leur carapace.
Certaines sont jumelles, et, plus rare, d’autres ont des perles.
Tuvès dit aussi que le chef de l’île de Cassioorn est le Supra Satrape. C’est le vice roi. Il règne sur les Kaïouches, anciens ennemis des Kouïaches, dont les Zizicomèdes étaient autrefois les alliés. Très compliqué.
Le capitaine dit que tous les marins sont des esclaves. Seul le cercle des navigateurs impériaux possède des cartes maritimes. Les Logotêtes, eux, s’occupent de cartographier la terre ferme. Les chasseurs de Rascasses, aux mœurs hideuses, mesurent les distances, choisissent les caps, et naviguent à l’aide de boules colorées reliées par des cordes. La ville ou vit le Maître Keïmi se nomme Dondaine.
Au prix d’une âpre négociation et d’une brillante démonstration auprès de « Mignone » (une vielle et acariâtre coque de reine), Granith obtient le droit d’aller à terre pêcher les fameux coquillages, sur une plage à l’écart, en compagnie de Tuvès. Au delà de vingt prises, il rétrocède l’excédent au capitaine.
Grâce au sifflement du géant, qui, langoureux et obsédant, n’est pas sans rappeler le lent mouvement du ressac, la pêche est véritablement miraculeuse : soixante prises. Granith en dissimule trente, et en cède donc dix au capitaine.
En contrepartie, il reverse sa part au jeune mousse.
Dix aussi.
Il en garde quarante.
Vision rapidement écartée pendant le Chant de la Mer :
Les sifflements et les grincements à bord des galères noires que je n’ai jamais vu et dont les rames ne frappent pas l’eau… |
Pendant la pêche, Tuvès dit :
« Ce sont les Zlovatch qui ont étés attaqués par les géants. Alors comme les géants se sont pris la rouste, l’Empereur dit : Ah ben tiens, prenez-les. »
Alazram est un poète.
Le Tigre Nain est le second du capitaine.
Le soir, c’est le départ du géant.
Tuvès est triste.
Le capitaine débarque avec des hommes, et le géant aussi. Il règle son pas sur les pas des hommes.
Ils franchissent tour à tour de la forêt parsemée de bornes de pierre gravée d’un étrange symbole, un « S » aillé, puis une crête, puis des rizières étagées, puis le chemin serpente entre des fermes et des villages isolés ou des chiens gras rôdent.
À l’aube, alors que poindent les lueurs de Dondaine, la ville qui se cache dans le noir, un oiseau au corps gracieux, aux vastes ailles, au cou allongé et aux pattes fines surgit de l’est et plane au dessus des marcheurs, tourne la tête vers eux, et disparaît à l’ouest.
C’est le Simurg, le Roi des Oiseaux, qui apparut de la même manière à l’Empereur lors de sa victoire sur l’île de Cassioorn.
Jour 10
Granith bée devant la si nouvelle ville qui s’étale devant ses yeux. Il a néanmoins la curieuse impression de ne pas marcher en terre tout à fait étrangère, et d’être déjà passé par là.
Des hommes soldats en demi armure rouge et blanche arrivent et accueillent les arrivants, ils emmènent le géant médusé vers le palais en ruine de maître Keïmi, Premier Palefrenier du Supra Satrape.
Keïmi est vieux, vieux, vieux.
Keïmi est fripé, fripé, fripé.
Keïmi tremble, tremble, tremble.
Keïmi est gentil, gentil, gentil.
Keïmi veut que Granith mange, mange, mange, pour se prémunir contre les fièvres de Cassioorn.
Alors Granith mange, mange, mange.
Mauvais rêve :
Il y a des serpents rugueux en peau de pierre, et des mains faites de tissus qui rampent dans tous les sens sur leurs doigts. Tous rôdent autour du sujet étendu paralysé dans l’herbe, peut-être mort, les bras en croix. Les horribles bestioles entrent dans la bouche de l’immobile. Réveil en toussant. |
Jour 11
Tout le jardin est visité, mais il est interdit de se pencher pour regarder dehors.
Granith n’est là que depuis deux jours et s’ennuie déjà.
Sans doute l’influence de la grande impatience des hommes…
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Histoire de Chériode, le Roi Gigant, et comment il devint Anastrée (Sans-Etoile).

Après la chute du Premier Âge, les Géants avaient commencé un long déclin, eux qui étaient autrefois, à cause de leur force et leur dévouement, les favoris des Dragons. Mais alors vint le Roi Chériode, qul se lança dans une révolte ouverte, décriant « l’esclavage » des Géants appelant à ceux qui vivaient dans des marches libres pour qu’ils viennent libérer leurs frères. |
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