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Chapitre premier
Dondaine, ses plages et son hospitalité
Emeutes, cambriole, et bateau ivre |
Keïmi s’est fait beau pendant que Granith cuit au soleil.
La procession part.
Sur la place, les gens conseillent au géant de se sauver. Sur le pont, Granith tente bien de s’évader, mais en vain. Puis sur la place du Palais, la colère de la foule gronde, et des émeutiers lancent des pierres. Le géant impressionne ses gardes, qui reculent, et le capitaine fait face à la foule en brandissant son sabre. Soudain, profitant que la chaise de Keïmi est renversée par la foule et que des petits malins lui ont piqué son chapeau, le sculpteur bouscule les gardes médusés, et tente une percée au delà de la presse. Mais le Capitaine, qui l’avait prévu, a sorti calmement son arc, et décoche une flèche sur l’évadé.
- Le prix de ton rêve ! lance-t-il alors que le trait se plante dans l’épaule du géant.
La suite est floue, douleur, tête qui tourne, fuite, le Peseur qui lance des paraboles sous des haillons, tout une foule est agrippée aux jambes du fuyard, qui finit par se disperser, sauf un petit nombre de personnes, la bande de Mozeï, l’homme aux cheveux blancs.
Ils disent que jadis le trône a été renversé par un géant, alors pourquoi n’est-ce pas arrivé aujourd’hui ?
Ils disent qu’ils veulent tout faire avec moi comme roi.
Ils disent qu’ils ont eu Keïmi la Méduse, c’est une bonne affaire.
Ils disent que des gens vont venir les chercher.
Vision au bord de la fontaine :
Torpeur, clameurs, des cris de la foule, il faut que je m’en libère, j’en suis trop dépendant, de ce que pensent les différentes peuplades de l’empire blanc…
Regard vers les étoiles, dans les rues de Pirapole (Priapole ?). Plus jamais les géants ne seront esclaves, les privilèges seront abolis, les Kornaks, les géants seront récompensés à leur juste mesure, et moi je serai fait roi. |
Mozeï dit qu’on peut y aller.
Dans une ruelle, surgit le Cariatid, celui qui vit le jour et cède sa place au Peseur lorsque la nuit vient. Il montre un escalier qui descend dans les ténèbres. Granith descend, et franchit une sorte d’éblouissement, pour déboucher dans un grand et merveilleux jardin sous les étoiles, ou se trouve un feu, et une personne jouant de la flûte.
C’est le sosie parfait du peseur, mis à part qu’il a des mains et qu’il parle sans détour...
Les paroles d’Azoul le Kadi :
Il dit qu’il s’appelle Azoul, que c’est un kadi impérial retiré des affaires et des jugements.
Il dit qu’il n’est pas le Peseur.
Il dit que ce jardin est un lieu au delà des rêves, une sorte de havre qu’il a mis longtemps à découvrir.
Il dit que le Peseur et le Cariatid obéissent à des lois similaires à celles auxquelles est soumis le jardin, des lois extérieures au monde des rêves. Par exemple la douleur de la blessure disparaît, et la flèche devient oiseau.
Il dit que le Supra Satrape est souverain depuis 26 ans, date de la victoire de l’empereur sur l’île de Cassioorn. Il est malade depuis 3 ans, et c’est dit-on le prix qu’il paye pour les milliers de personnes qu’il a massacré.
Il dit que le peuple des géants a jadis défié l’empereur, et ils ont été vaincus, puis maudits. Ils ont été donné en récompense au peuple qui a aidé à la victoire, les Zlovatch.
Il dit que certains géants vivent dans le sud, ce sont des esclaves de guerre. Personne ne les garde, ils sont leurs propres prisonniers, ils boivent le goutli, le vin de leur récompense, fait à base de 7 fleurs différentes, qui les plonge dans une torpeur dont ils ne sortent que pour en reboire.
Il dit que Keïmi est mort, et que Oni, le capitaine des archers s’en est tiré.
Il dit que Ikko n’est ni un charlatant, ni un voleur, mais l’ami des étoiles, qui l’a aidé à trouver le jardin, et d’autres endroits comme ça.
Il dit que la Constellation du Géant n’apparaît qu’aux mois du Faucon, Epées, Dragon et Couronne. Elle donne toute sa brillance au premier mois de son cycle, celui du Faucon, ou elle éclipse légèrement celle de l’Empereur, dont elle est toute proche dans le ciel. Les astrologues ont extrapolé, et en ont déduit un peu arbitrairement qu’un jour un géant viendra et renversera l’empereur.
Il dit que jadis les Zizicomèdes dominaient, et que les géants les ont contraint à la paix par la force.
Il dit que Granith a une amoureuse, qui est très jalouse. Pour la rencontrer, il suffit qu’il s’endorme un peu avant l’aube dans le navire qui mouille au ponton du palais de Keïmi.
Il endort Granith, avec la magie de ses paroles, et lui joue de la flûte.
Le géant se réveille engourdi sous une couverture, sa blessure soignée. C’est la cousine de Mozeï qui l’a pansée. Le Peseur a dit à Mozeï de faire comme le géant décide. Le Géant décide donc d’aller gentiment piller la demeure de Keïmi-Deux-Visages, afin de récupérer ses affaires.
Le cambriolage se passe très bien pour tout le monde, sauf pour Mozeï, qui trouve que ça vire au cauchemar. Tour a tour, il y a : un trajet en barque, un mur démonté pour passer à travers, un géant coincé sous le mur, un soyeux qui approche, un mur qui s’écroule sur un géant, un soyeux qui meut un bolas crocheté autour du cou, un géant qui n'arrive toujours pas à s’extirper des décombres d’un mur, un combat contre deux autres soyeux, du benj en veux-tu en voilà, Mozeï qui n’en peut plus de cette pagaille, la marque du peseur, le haut du pilier descellé, la famille d’esclave ahurie, le petit qui veut jouer avec le géant, Garagaï qui demande aux fantômes de la débarrasser de son mari, les fantômes qui s’exécutent, Mozeï qui se tape la tête contre les murs, le butin partagé en deux, les vingt pièces laissées aux deux esclaves restant, le départ de tout le monde en barque, la promesse de Granith de venir voir Garagaï au village des Deux Cent Fleurs, à l’auberge du Poisson de Cuivre, Mozeï qui dit que finalement on a bien rigolé.
Jour 17
Granith le géant a du mal à grimper sur le bateau au bord du quai. Il y parvient et s’endort dans la cabine. Il reprend ses esprit et se retrouve en face d’une drôle de créature, une sorte de bougeoir humanoïde d’un peu plus d’un pied de haut, doté d’une trompe et de grand yeux jaunes, et qui parle. Apparemment c’est une sorte d’esprit, l’esprit du bateau. C’est un esprit féminin qui est tombé amoureux du géant alors que celui-ci sculptait et se promenait dans les jardins de Keïmi. Elle est allée jusqu’à négocier avec le Peseur, afin d’obtenir ce qu’elle désire et le hisser au poste de capitaine de son navire, chose qu’elle n’a jamais eu envie d’avoir. Seul le capitaine a le droit de la nommer la créature, ainsi que le navire. Elle dit à Granith qu’il peut se constituer un équipage en lançant des plumes dans le vent du soleil levant. A la fin de la conversation, l’esprit sans nom sollicite un baiser.
Le géant hésite, tangue, et baisse la tête. Et au lieu d’embrasser un bougeoir de bois, il se retrouve face à une vision provoquée par l’esprit :
Vision provoquée par l'esprit :
C’est une géante magnifique qui se trouve devant moi, toute faite d’eau, d’étoile, et de nuit, qui appelle le désir et l’amour. Plus loin, une géante énorme, la mère de tous les géants, pose la couronne sur ma tête dans la grande salle de la Cathédrale sous la montagne, et les acclamations de tous le peuple. C’est le métal des chaînes des esclaves de l’Empire Blanc qui a servi à forger la couronne de fer. Une couronne de fer pour un âge de fer. |
Les sept plumes s’envolent dans le vent, retournent sur le bateau, et se transforment en des créatures improbables, des humanoïdes de quatre ou cinq pieds de haut, à tête de lézard, corps à plume, et pattes d’oiseaux. Chacune sent un fumet différent, rose, jasmin, fruit de mer, moisissure, etc… Sur un signe du géant, elles se déploient dans les cordages pour mettre en branle le navire, qui s’élance dans la lumière du matin. |


Histoire de Chériode, le Roi Gigant, et comment il devint Anastrée (Sans-Etoile).

Après la chute du Premier Âge, les Géants avaient commencé un long déclin, eux qui étaient autrefois, à cause de leur force et leur dévouement, les favoris des Dragons. Mais alors vint le Roi Chériode, qul se lança dans une révolte ouverte, décriant « l’esclavage » des Géants appelant à ceux qui vivaient dans des marches libres pour qu’ils viennent libérer leurs frères. |
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