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8 - Nuit d’ivresse.

La colère, cette colère éternelle, grondait en moi lorsqu’elle me mit dehors. Sur le chemin du bourg elle bouillait, et lorsque j’arrivais au Rire de la Fée, l’auberge ou traînait toujours son fils, elle se transformait en une chape de noirceur indéfinissable et sourde, un sentiment d’être capable des pires chose et ne pas les regretter.
Malagar était assis près du poêle, et lorsqu’il aperçu mon visage, il congédia immédiatement les deux drôlesses qui lui vantaient leurs charmes. Intrigué, inquiet, ou les deux sans doute, il me posa quelques questions auxquelles je ne répondis pas, et je lisais sur sa face de bourgeois rubicond une expression que je ne lui connaissait pas, sans doute proche de la peur sans être tout à fait ça. Au terme de quelques minutes de silence, je finis par lui dire que j’allais partir. Ne sachant que dire, il me proposa sans y croire une dernière aventure nocturne. Je ne sais pas, était-ce le désoeuvrement ? L’envie de vengeance ? Le besoin de se changer les idées ? Le sentiment qu’il me fallait agir pour exorciser cette colère ? J’acceptais.
Il s’appelait Féonis le glabre, c’était le commis d’un riche joaillier de Serindell. Il était de passage en ville, et ne se baladait jamais sans ses deux hommes de confiance, des brutes sans scrupules et sans honneur. Il s'agissait de l’intercepter au moment de son passage par la Place des Sept Lunes. Ruminant toujours mon altercation avec celle que j’avais si longtemps appelé mon maître, je ne compris pas bien s’il s’agissait de le rosser jusqu’à ce qu’il crache tout ce qu’il possédait, ou s’il fallait lui soutirer ses pécunes en toute discrétion. L’attente fut longue et pénible. Mon cœur cessa de battre la chamade et la colère retomba. Je n’étais plus qu’un grand creux, une coquille vide dont les parois intérieures ont été peintes en noir. On me répéta à plusieurs reprises que je n’étais là qu’en soutient, que je ne devais intervenir qu’en cas de problème. Il y avait deux personnes avec nous. Deux sbires cagoulés de la Main Noire, qui me regardaient d’un sale œil.
Puis des pas se firent entendre et leur trois ombre les précédèrent sur la place. Les hommes près de moi lancèrent l’assaut, que j’observais d’un œil distant et perdu. Ils n’étaient que des ombres, maladroites, qui se mouvaient lentement, trop lentement. Des cris, des ordres, des chocs. Comme quand j’étais petit dans mes cavernes natales, lorsque certains se battaient. Ou lorsqu’il le racontaient. Je ne sais plus.
Puis j’entendis mon nom. C’était la voix de Malagar. Je m’approchais de la scène, et je ne compris pas ce que je vis. Il était bien là, rampant, une main plaquée sur son ventre. Il y avait aussi les deux Mains Noires, inertes, couchées sur le dos. Mais il n’y avait plus qu’un des deux gardes du corps, qui, lui, avait le manche d’une dague  lui sortant d’un œil. L’autre n’était pas là, et à la place il y avait une femme blonde, qui sanglotait le visage entre ses mains. Elle était habillée comme était sensé l’être le marchand, et portait une besace en bandouillère. Serait-il possible que la femme soit le marchand qui se soit grimé ? J’entendis des bruits de pas. Puis on répéta mon nom. Malagar rampait vers moi. Il faisait de drôles de bruits, entre la succion et le couinement. C’est lorsque je vis les traces de sang qui s’éloignaient du massacre que je revins à peu près à moi, et je sus alors exactement quoi faire. J’appelais les Vents et les sentis entrer en moi. Cela acheva d’encrer mon esprit dans la réalité. Comme la fille ne m’avait pas vu, je changeai mon apparence pour celle d’une imaginaire cousine à la peau claire et aux cheveux roux. Comme j’allais lui demander de me donner son sac, les bruits de pas cessèrent tout près et j’entendis une voix dire « Regardez, il en reste un ! » Puis une autre répliquer « attrapez-le ! » Sans réfléchir j’appelais à nouveau les Vents, ceux du sommeil cette fois-ci. Ils répondirent et s’élancèrent vers le groupe d’intrus. Les miliciens tombèrent tous les cinq, sauf celui qui était resté en arrière. C’était le sbire manquant, celui qui saignait et qui s’appuyait à une colonnette pour ne pas tomber. Il me regarda, moi, la rousse gnome au teint pâle, et détalla soudain en me promettant de me retrouver un jour ou l’autre.
Le calme était revenu sur la place. Je dépouillait les gardes de leurs bourses et je pris de force la besace de la femme blonde. Je m’accroupis devant l’infortuné Malagar.
- Tu vas vivre, je te connais, tu es plus coriace que le chiendent. Tu ne peux pas marcher, et ces gardes que tu vois ne sont qu’endormis. Lorsqu’ils se réveilleront, ils t’emmèneront et tu devras répondre de tes crimes. Et peut-être aussi un peu des miens. Voilà qui est un juste retour des choses, tu ne trouves pas ? Mais n’aie crainte, ta mère, qui n’utilise la magie que pour répandre le bien autour d’elle, aura tôt fait de briser ses principes pour te sortir de geôle. Quant à tes amis de la Main Noire, tu ne devrais pas trop te vanter auprès d’eux de la brillante opération que tu as menée ce soir, ils pourraient t’en rendre responsable, et qui sait, s’en prendre à ceux que tu aimes. Mais aime-tu quelqu’un, Malagar ? Adieu canaille, et bonne chance pour la suite de ta misérable vie.

9 - La grande évasion

Lorsque je revins chez ma maîtresse, j’avais depuis longtemps décidé quoi faire. Je rassemblais mes affaires avec méthode, allais à la cuisine pour faire provision de pain, fromage et salaisons. Puis je me rendis à la bibliothèque ou je me nantis d’un écritoire complet, parchemins, fusains, plume et encre, plus quelques ustensiles de recherche. Je fouillais le sac de la femme. Il contenait pas mal de pièces d’or, quelques objets divers, sceaux, encres, reçus, et surtout un petit coffret de métal ciselé, qui contenait un joli miroir d’or et d’argent mêlé. D’après les Vents que j’appelais aussitôt, l’objet était nimbé d’une forte aura magique. Je me promis de l’étudier plus avant lorsque j’aurai plus de temps. Au moment ou j’allais sortir, je vis la grande armoire, et après quelques moments d’hésitation je tirai la clef de sa cachette et l’ouvrit. Il était là, sur son pupitre de chêne. Je le pris et en déchiffra pour la première fois le titre sibyllin : « Séhul Bargalor, ou la Quête de l’Absolu ». Je le glissai dans un linge propre et le mis dans mon sac. Enfin je rédigeai une note lapidaire à l’attention d’Elasia, en utilisant pour la première fois ce tutoiement que je n’avais jamais osé :
« Sans ta colère, rien de tout ça ne se serait passé. C’est elle qui a fait naître la mienne. Je croyais être des tiens. Je ne crois plus rien à présent. »
Lorsqu’au petit matin je m’engageais sur le chemin qui devait m’éloigner pour fort longtemps de cette région, je ne pus m’empêcher de me retourner une dernière fois pour contempler ce que je laissais.
Je vis sa silhouette, immobile derrière la grande fenêtre de sa chambre. D’une main invisible elle tira le rideau, comme un mouchoir qu’on agite en guise d’ultime adieu.

 

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