Accréditations :
Pec, Mathieu |
Chapitre premier
Trou noir au Fond du Gouffre
Bienvenue à Merca ! |
Il fait noir. Tout est calme.
Une lueur grise émerge. Une tête oblongue et deux grands yeux gris me regardent. Tout tourne. Un feu ? Deux autres créatures grises autour. Le noir revient.
Réveil douloureux. Des coups dans le ventre. On me hisse sur un sol de bois. Je ne suis pas seul. On hisse d'autres personnes. Des hommes. Une femme. Elle est forte, elle est brune, elle est belle. Nous sommes six en tout. En plus, il y a trois gardes. Il y a un gros demi-orc avec un fouet. Govol. Il a l'air teigneux. Il y a un capitaine et son second. Un capitaine ? Nous sommes sur un navire, mais pas de mer à l'horizon. Il y a plusieurs Efrelas. Ils s'affairent sur le château arrière. Là, il y a un gros tube en verre avec un liquide jaune dedans. Autour des appareils étranges, serpentins métalliques et fils entortillés. Il y a aussi cet homme à la voix nasillarde. Il m'invite à regarder en dessous du navire.
Le vide ! Plusieurs centaines de mettre en dessous, au fond d'un vaste gouffre à pic, une citée. Merca. De l'eau, des îles, des gouffres, des falaises. Et au milieu des maisons. Beaucoup de maisons.
Sur le pont, il y a aussi une créature en toge noire, simple. Une cordelette blanche en guise de ceinture. C'est un Sauris, je crois. Il m'a vengé d'un coup de fouet qui ne m'avait pas atteint. C'est un lanceur de sort. Acide. Des gens parlent. Je ne comprends pas tout. On parle de « fosse aux âmes », de « valves primaires ». Il y a un tonneau d'eau. J'ai très soif, c'est la lutte pour boire.
Quand j'essaye de me souvenir comment je suis arrivé là, un mal de tête me submerge. Douleur atroce ! Je tombe, j'aimerai tomber jusqu'en bas, que tout s'arrête. Mais je tombe sur le pont et tout continue. J'ai le coté droit du visage en feu. Brûlé ? En tout cas défiguré. Je l'ai vu une fois dans le reflet de l'eau du tonneau. Je le revois depuis dans le regard de tous.
Nous allons être esclaves. Les acheteurs arrivent. D'abord dame Loaë Ingern et son frère messire Elomir. Puis dame Belbija, une ogresse qui vole. Elle me veut moi. Mais je suis déjà réservé, alors elle prend tous les autres pour sa mine. Elle croit que je lui appartiendrai un jour. A gerber !
Je suis ramené chez Maître Elister Ingern, le plus grand ingénieur de tout Merca, sur l'île de la Sonde. C'est le père des deux autres. Je suis un esclave, mais je n'ai rien à faire. Surtout ne pas faire de problème. Elister a été « invité » à me prendre comme esclave, même s'il n'avait pas besoin de moi. Etrange.
La traversée de la ville est mouvementée. Des gens partout, des mains partout. Des hommes rats. Des ricaneurs (Agra des roches) qui ricannent, des caragnes qui déguerpissent sous nos pieds, des lumicioles dans leurs luminaires.
Je suis présenté à la maisonée. Esclaves et domestiques. Garud joue aux gros durs. Il va s'en prendre une s'il fait un peu trop le malin. Je ne me souviens de rien, mais j'aime pas les petits malins. Ni les grandes gueules d'ailleurs.
Le lendemain, on prend les mesures de mes avants bras pour y mettre les manchons. Les manchons d'esclave. Le lendemain encore on me les pose. Cérémonie et tout. Le sauris à capuche est là, toute la maisonnée est là. Ça y est, je suis un esclave, juste au dessus des « Visages Noirs » mais en dessous de tout le reste, même du niveau du sol...
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